La France promet un « grand réveil alimentaire ». Vous sentez l’urgence. D’un côté, de petits paquets de farine et de pâtes qui doivent revenir chez nous. De l’autre, un besoin énorme de protéines végétales pour nourrir le bétail et relancer la filière volaille. Voici pourquoi 2035 devient une date charnière.
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Un signal fort lancé à Rungis
Le 8 décembre, au marché de Rungis, la ministre de l’Agriculture a appelé à se réarmer. Elle a parlé de « Grand réveil alimentaire ». Le gouvernement prépare un Plan national de production et de transformation qui sera publié d’ici l’été. L’objectif est clair. Renforcer notre autonomie face aux marchés mondiaux et aux aléas géopolitiques.
Des chiffres qui rassurent… et inquiètent
Sur le papier, la France est puissante. Vous produisez chaque année des volumes considérables : environ 35 Mt de blé tendre, 13 Mt de maïs et 12 Mt d’orge. La betterave dépasse les 30 Mt. La transformation est tout aussi massive. Près de 70 Mt de céréales sont transformées chaque année, dont 19,5 Mt pour l’alimentation animale.
Pourtant, la balance des produits transformés s’est fragilisée. En 2025, le solde pour les produits céréaliers transformés a chuté. Les biscuits, pâtisseries et les pâtes affichent un déficit de plus de 700 M€. Vous comprenez le paradoxe. On produit beaucoup. Mais on importe trop de produits finis.
Pourquoi la farine et les pâtes sont stratégiques
Les petits paquets de farine en sachet ou les boîtes de pâtes fabriquées à l’étranger sont des symboles. Ils montrent que la première transformation peut échapper à la France. Relocaliser ces productions rapporte de la valeur ajoutée. Cela protège aussi des chaînes d’approvisionnement vulnérables.
Autre point sensible. Une partie des pâtes consommées en France est fabriquée en Italie à partir de blé dur français. L’enjeu est de produire et transformer ce blé dur intégralement ici. Vous y gagnez en emplois et en souveraineté.
Le vrai talon d’Achille : les protéines végétales
Sur ce sujet, la France est dépendante. Les filières animales exportent des produits finis. Mais elles importent massivement des protéines végétales, notamment du soja et des tourteaux venus d’Amérique du Sud. Un rapport gouvernemental de 2024 l’a souligné. Cette dépendance est historique. Elle remonte à des choix politiques et commerciaux anciens.
Pour être réellement souveraine, la France doit produire davantage de cultures riches en protéines. Cela sert d’abord l’alimentation animale. Mais c’est aussi une opportunité pour l’alimentation humaine et pour des usages non alimentaires.
Les objectifs pour 2035
- Redevenir exportateur net de farine en remplaçant des importations de sachets par du made in France.
- Reconquérir chaque année 1 % de parts de marché pour les pâtes et autres produits.
- Augmenter la production de protéines végétales et la transformer localement.
- Accompagner la hausse des besoins d’aliments pour poulet de chair, œufs et filière bovine. Il s’agit d’environ 1 Mt, soit 150 000 ha supplémentaires.
Trois projets prioritaires
Le plan identifie trois chantiers concrets. Le premier vise à faciliter la montée en capacité des meuneries et à moderniser la logistique entre producteurs et moulins. Le deuxième cible la filière pâtes. Il propose d’aider la sélection variétale et d’encourager la grande distribution à valoriser les pâtes 100% françaises. Le troisième se concentre sur les cultures à haute teneur en protéines. Il s’agit d’augmenter surfaces, transformation et qualité.
Les obstacles à franchir
La route est semée d’embûches. La compétitivité intra-européenne souffre du coût du travail et de l’énergie. La réglementation peut freiner l’innovation. Vous ajoutez aussi les aléas climatiques qui modifient les rendements. Tout cela exige des choix politiques et des investissements ciblés.
Ce que cela change pour vous
En tant que consommateur, vous pourriez voir plus de produits « origine France » dans les rayons. Les producteurs verront des contrats plus stables. Les transformateurs bénéficieront d’aides pour moderniser leurs outils. Si le plan réussit, vous aurez des filières plus résilientes et moins dépendantes des importations.
En bref
La souveraineté alimentaire se joue sur des détails et sur de gros équilibres. De petits paquets de farine et de pâtes symbolisent une ambition plus large. Le vrai pari reste la montée en puissance des protéines végétales. D’ici 2035, tout dépendra de la volonté politique, des investissements et de la capacité du secteur à innover. Vous êtes témoin d’un tournant. La bataille est lancée.


